(Dé)construction du 'réel-fiction' et formation de la ‘zone grise’ chez Maryse Condé et Kangni Alem
Resumen
Selon Alexandre Vatimbella, « Parce que nous sommes des êtres doués constitutionnellement d'émotions et d'affectif, nous transformons le réel ». Nous pensons que ce réel, lorsqu'il est objet de métamorphose esthétique et/ou idéologique du créateur à peine innocent qu'est l'écrivain, devient fictionnel pour le lecteur non avisé. C'est ainsi que se forge ce que nous appellerons ici ‘une zone grise' entre l'histoire et la fiction qui pousse à « l'effet du réel-fiction ». La fiction romanesque est-elle réellement propre à rendre compte de la réalité historique ? L'objectif de notre présent travail est de révéler l'effet de ‘zone grise' qui déconstruit ce que d'aucuns légitiment chez l'écrivain de fiction réaliste. Nous prenons pour corpus deux œuvres captivantes, une d'Afrique de l'Ouest : La légende de l'assassin de Kangni Alem, et l'autre des Antilles : Moi Tituba sorcière de Maryse Condé. Dans Moi, Tituba sorcière, l'auteure utilise comme décor historique le procès, en 1692, d'une centaine de personnes accusées de sorcellerie à Salem dans l'état de Massachussetts aux Etats-Unis. Dans le lot des accusés figurait Tituba, une esclave noire née d'un viol hautement deshumanisant. Dans La légende de l'assassin de Kangni Alem, le personnage principal, le brillant avocat Me Apollinaire, est hanté par un procès qu'il perdit trente-quatre années plus tôt ; cependant, notre traitement de la géographie humaine qui alimente l'intrigue révèle en filigrane une critique avortée d'un régime politique du terroir togolais. Notre analyse, en somme, est un nouveau regard sur l'exercice de la vraisemblance dans l'art romanesque.